Des pratiques vers-tueuses

Rationaliser l’usage des antiparasitaires en identifiant le profil des vaches à traiter sélectivement.

Vaches laitières au pâturage et cycle des vers du tube digestif (strongles gastro-intestinaux) © N. Ravinet et JM Nicol
Mis à jour le 05/05/2017
Publié le 03/05/2017

Les vaches qui pâturent sont infestées par des vers du tube digestif (strongles gastro-intestinaux), notamment Ostertagia ostertagi qui se trouve dans la caillette des bovins. Ces parasites peuvent, dans certaines conditions, induire une diminution de production laitière. Cependant, vermifuger "à l’aveugle" toutes les vaches dans le but de sécuriser les productions n’est pas approprié : des traitements systématiques risquent de conduire à l’émergence de populations de parasites résistants aux molécules antiparasitaires. Il est donc nécessaire de connaître le profil des troupeaux à risque et des animaux à traiter.

La variation de production laitière après traitement contre ces vers a été analysée dans 22 troupeaux bovins laitiers. Plusieurs critères ont été évalués pour caractériser (i) les vaches qui ont une augmentation de production post-traitement (vaches à traiter) et (ii) les troupeaux où la proportion de ces vaches est importante (>50% parmi les jeune vaches) c’est-à-dire les troupeaux à risque. Pour bien identifier de tels troupeaux et de telles vaches, il a été montré que l’idéal était de combiner plusieurs critères plutôt que de les considérer un à un : le profil est plus spécifique et on minimise alors le risque de traiter à tort. Par exemple, le profil multicritère de traitement des "jeunes vaches laitières provenant de troupeaux insuffisamment immunisés contre les strongles gastro-intestinaux, mais fortement exposés à ces parasites" est apparu pertinent pour réduire le taux de traitement tout en optimisant la production laitière. Dans ce profil, l’immunité était évaluée indirectement par le Temps de Contact Effectif (TCE) des génisses avec ces parasites avant le premier vêlage. En effet, on sait que l’immunité anti-strongle digestif dépend largement de la durée de contact avec ces parasites : en estimant le TCE, via des données relatives à la conduite de pâturage et aux traitements avant le 1er vêlage, on peut ainsi évaluer si les conditions d’élevage des génisses sont favorables à une forte immunisation ou pas avant l’entrée dans le troupeau adulte.

Ce profil multicritère, constitué d’indicateurs opérationnels et peu coûteux, permettrait de créer un arbre décisionnel de traitement qui doit maintenant être validé dans un plus grand nombre de troupeaux. Une telle stratégie de vermifugation raisonnée devrait permettre de réduire le risque d’émergence de résistance, de maîtriser l’impact environnemental de ces molécules antiparasitaires, et de répondre aux attentes sociétales de réduction des intrants chimiques en élevages.

Partenaires : Cette étude a été conduite dans l’UMR BioEpAR en partenariat avec l’Institut de l’Elevage (thèse CIFRE), avec les GDS Bretagne, l’URGTV Bretagne et Pays de la Loire, et la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne dans le cadre du projet CASDAR n°1127.

Publication associée : Nadine Ravinet, Anne Lehebel, Nathalie Bareille, Carlos Lopez, Christophe Chartier, Alain Chauvin, Aurélien Madouasse, 2017. Design and evaluation of multi-indicator profiles for targeted-selective treatment against gastrointestinal nematodes at housing in dairy cows. Veterinary Parasitology 237, 17-29.

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